Suites Japonaises

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Aliska LAHUSEN

Née à Lodz (Pologne). Diplôme aux Beaux-Arts de Varsovie en 1972, puis École Supérieure des Beaux-Arts de Paris et Paris I Sorbonne - Art et Archéologie.
Vit et travaille à Paris et en Bourgogne.

Dans le domaine de l'art on oppose traditionnellement l'apollinien au dionysiaque, la symétrie à la dissymétrie, chacune de ces dimensions étant en elle-même porteuse d'un univers particulier. Dans le cas d'Aliska Lahusen, son œuvre telle qu'on peut la voir depuis de nombreuses années s'éloigne progressivement du baroquisme tourmenté qui semble avoir marqué son travail pendant les premières décennies pour atteindre aujourd’hui une sorte d'immobilité frontale et contemplative qui la rapproche de l'art d’un Giorgio Morandi. Comme chez le maître de Bologne les sujets traités par Aliska Lahusen se concentrent sur des objets simples du quotidien, tels un bol, un lit, une barque, qui prennent sous ses doigts une monumentalité silencieuse et une spiritualité propres au religieux. Un religieux qui pourrait prendre ses origines dans les racines polonaises de l’artiste mais également dans le bouddhisme zen qui l’a baignée lors de son séjour au Japon. Ainsi le thème du bol, propre aux moines mendiants, celui des porte sommeil, et plus généralement l'emploi des grandes formes circulaires, en référence à l'Enso, le cercle japonais symbole de la peinture Zen, témoignent de son ancrage nippon, comme les grandes pièces intitulées pluies inspirées des « cinquante-trois étapes de la route du Tökaidö » d' Hiroshige. Il faut évoquer enfin la mystérieuse lumière sourde et grise qui baigne les tableaux peints sur des feuilles de plomb, nous ramenant à Morandi dont on sait qu’il interdisait que la poussière déposée sur les objets dans son atelier soit enlevée, procurant ainsi à ses natures mortes leur lumière unique.

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Klavdij SLUBAN

Né en 1963 à Paris.

Quelle force irrésistible pousse Klavdij Sluban à arpenter sans fin notre planète, choisissant de préférence les régions les moins accueillantes souvent situées à ses confins? Peut-être la nostalgie de son enfance passée chez sa tante en Slovénie, une période enchantée à laquelle il a été arraché lorsque ses parents émigrés à Paris le firent les rejoindre; on sous-estime la puissance des impressions et des souvenirs de l'enfance que nous autres adultes cherchons inlassablement à retrouver avec l'espoir toujours déçu d'y trouver la clé de notre identité, comme Rosebud pour Welles. Pour Sluban cette quête du retour impossible à l'enfance l'a notamment conduit autour de la mer Noire et de la mer Baltique, en Russie et en Chine, en Amérique centrale et à Jérusalem.
Divagation, sur les pas de Basho est la deuxième expérience photographique de Sluban en terre nippone. On retrouve dans la cinquantaine de photographies qu'il a sélectionnées à partir des milliers de clichés engrangés, la Sluban touch, faite de cadrages millimétrés (sans recadrages ultérieurs), de structures semi-abstraites fondées sur l'orthogonalité des lignes et des masses, du jeu des noirs profonds transpercés de trouées de lumière, des portraits de passants anonymes qui interrogent notre humanité. Peut-être que l'expérience japonaise a imprégné son travail d'une frontalité architecturale, d'une netteté plastique et d'une dimension contemplative auxquelles, par bonheur il n'a pu échapper. Une forme contemporaine de Japonisme.
Aliska LAHUSEN

Born in Łódź (Poland). Diploma in the Fine Arts School of Warsaw in 1972, then Fine Arts School of Paris and Paris I Sorbonne - Art and Archaeology.
Lives and works in Paris and Burgundy.

Art traditionally opposes the Apollonian to the Dionysiac, symmetry to asymmetry, and each of these dimensions carries in itself a particular universe. Aliska Lahusen’s work, as we have been seeing it for several years, is progressively moving away from the tormented baroque lines which seemed to mark her work during the first decades to reach today a kind of contemplative and frontal immobility bringing her closer to Giorgio Morandi’s art. Like the master from Bologna, the topics covered by Aliska Lahusen focus on simple everyday objects, such as a bowl, a bed, a barque, which take a silent monumentality and religious spirituality in her hands. A religiousness that could originate not only from the artist’s Polish roots but also from the zen Buddhism which bathed her during her stay in Japan. Thus, the theme of the bowl, specific to poor monks, the one of the porte sommeil, and more generally the use of large circular shapes, referring to the Enso, the Japanese circle symbol of Zen painting, show her Japanese anchorage, like the major works entitled pluies inspired by the Fifty-three Stations of the Tökaidö of Hiroshige. Finally, it is essential to mention the mysterious grey light bathing the pictures painted on lead foils and bringing us back to Morandi who prohibited the removal of the settled dust on the objects in his studio, providing his still-lives their unique light.

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Klavdij SLUBAN

Born in 1963 in Paris, France

What irresistible force pushes Klavdij Sluban to explore our planet endlessly, preferably choosing the less welcoming regions of all, often located at its borders? Perhaps the nostalgia of his childhood spent with his aunt in Slovenia, an enchanted time from which he has been teared away when he had to join his parents that had emigrated in Paris. We underestimate the power of childhood impressions and memories that we, as adults, seek tirelessly to meet again with the repeatedly disappointed hope to find the key to our identity, like Rosebud for Welles. This quest for an impossible return to childhood has led Sluban to the Black Sea and the Baltic Sea, in Russia and China, Central America and Jerusalem.
Divagation, sur les pas de Basho is Sluban’s second photographic experience in Japan. We find, in the fifty or so photographs that he has selected from the thousands of shots collected, the Sluban touch, made of millimeter-sized frames (without subsequent reframing), semi-abstract structures based on the orthogonality of lines and masses, the game of deep blacks pierced with gaps of light, portraits of anonymous passers-by who question our humanity. The Japanese experience may have imbued his work with an architectural frontality, a plastic clarity and a contemplative dimension which, fortunately, he could not escape. A contemporary form of Japonism.