Vincent Barré + Emmanuel

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EMMANUEL
Emmanuel a, dès ses débuts, clairement et irréversiblement choisi le camp de l’art construit. Il utilise des matériaux simples comme des feuilles de papier Canson, ou des plaques de verre et de bois, qui sous sa main font oublier leur origine modeste et acquièrent une beauté formelle et une somptuosité inattendues. Ainsi le papier Canson a fait l’objet de nombreuses séries au moyen de découpages, d’incisions et de superpositions, à l’image du Kirigami japonais qui, contrairement à l’Origami, récuse le pliage. Dans un même souci de simplicité Emmanuel utilise une gamme de couleurs extrêmement limitée, essentiellement réduite au noir et blanc, prenant la forme de compositions strictement géométriques fondées sur des figures simples tels le carré ou le cube, lointains échos de Malevitch et d’Albers. Par son implacable rigueur et la précision de son travail, Emmanuel peut être rapproché de François Morrelet dont il partage l’humour, et par sa simplicité, des Minimalistes américains notamment Larry Bell par son attrait pour le cube et le verre.
L’art d’Emmanuel repose essentiellement sur le jeu des contrastes noir mat/noir brillant, noir/blanc. S’y ajoutent la superposition des plans, le vide et le plein, ainsi que le rôle joué par les interstices qui séparent des éléments différents pour donner à l’œuvre son rythme et sa respiration.


VINCENT BARRÉ
Vincent Barré évoque l’histoire de la sculpture à travers ses colonnes sur socles comme autant de parties d’un tout qui peuplaient l’atelier de Brancusi. Se dessinent dans ses fontes d’aluminium les traits d’assemblages semblables à ceux de Rodin qui dévoilait des accidents.
L’artiste va d’ailleurs à leur rencontre dans sa recherche de la forme. C’est avec le temps éprouvé à faire corps avec son ouvrage, à le ressentir dans sa chair et dans ses mains que Vincent Barré accède à ce qu'il nomme « la chose palpitante du corps ». La matière se dilate, se gonfle et puis s’enfonce, formes charnelles d'un corps fragmenté. On retrouve le rapport au vivant, même dans l’inanimé ; s’en dégage la chaleur de la terre avec les teintes de charbon et de bois brûlé.
Et le continuum de ce morcellement nous dit que la forme n’est jamais finie. Celle-ci réapparait de sculpture en sculpture, de trait en trait, en filigrane. Les dessins de Barré parlent encore de sculpture. Comme si couchés sur le papier, ses bronzes et ses fontes devenaient plus légers qu’une feuille, aériens, des silhouettes dansantes. Vincent Barré est bel et bien un penseur de la forme : du vide au plein dans ses sculptures et les contours de ses dessins comme des images-objets.

EMMANUEL
From the beginning, Emmanuel chose the side of the geometric abstraction, clearly and irreversibly. He uses simple materials such as Canson paper sheets, or glass and wood plates, that he transforms in a way that makes us forget their modest origin, revealing their formal beauty and unexpected splendor. Canson paper is the source of many series displaying cutting, carvings and superpositions, like the Japanese Kirigami, which, unlike Origami, rejects folding. For the sake of simplicity Emmanuel uses an extremely limited range of colors, essentially reduced to black and white, taking the form of strictly geometric compositions based on simple figures such as a square or a cube, distant echoes of Malevitch and Albers. With his extreme rigor and precision, Emmanuel can be compared to François Morrelet - they also share a great sense of humor - and the simplicity of his work can relate to the American Minimalists such as Larry Bell who also uses cubes and glass.
Emmanuel's art is based essentially on a clever play of contrasts: black matt/black gloss, black/white. He also plays with superposition of planes, void and full, as well as interstices, which separate different parts to provide air and rhythm to his work.









VINCENT BARRÉ
Vincent Barré evokes the history of sculpture through his columns on bases, as many parts of a whole that filled Brancusi’s atelier. Lines of assemblage appear in his cast iron sculptures similar to those of Rodin who unveiled accidents. The artist is actually looking for them when defining the form. By experiencing time within his body and his hands to become one with his work, Vincent Barré reaches what he calls “the thrilling thing of the body”. The material expands, swells and then sinks, forming sensual parts of a fragmented body. We recognize the relation to the living, even in the inanimate; the warmth of the earth emerges with the hues of charcoal and burnt wood.
And the continuum of this fragmentation tells us that the form is never finished. It reappears implicitly from sculpture to sculpture, from line to line.
Barré’s drawings are still about sculpture. As if lying on the paper, his cast iron forms and bronzes became lighter than the paper, airy, dancing silhouettes.
Vincent Barré is indeed a thinker of the form: from emptiness to fullness in his sculptures, until outlines of his drawings as images-objects.